R.Tagore

C'est à l'artiste de proclamer sa foi dans le Oui éternel, de dire:"Je crois en un idéal qui plane sur toute la terre, qui la pénètre toute entière... en un idéal de Paradis qui n'est pas le produit de l'imagination, mais l'ultime réalité où toutes choses résident et se meuvent. Je crois que cette vision du paradis s'aperçoit dans la lumière du soleil, dans la verdure de la terre, dans la beauté de la figure humaine, dans l'illumination de la vie humaine, et même dans des objets en apparence insignifiants et sans attraits. Partout sur cette terre, l'esprit du Paradis veille et fait entendre sa voix. Il atteint notre oreille intérieure sans que nous le sachions, il donne le ton à notre harpe de vie, dont la musique envoie notre aspiration au-delà du fini, non seulement en prières et en espérances, mais en temples qui sont des flammes de pierre, en peintures qui sont des rêves immortalisés, en danse qui est méditation extatique au centre immobile du mouvement.

Extrait de "Le sens de l'art" Rabindranath Tagore


Dans le sombre chemin d'un rêve, j'allais, cherchant celle que j'avais aimée dans une existence antérieure. Sa maison était au bout d'une rue désolée. Dans la brise du soir son paon favori somnolait sur son perchoir et les pigeons se taisaient dans leur coin. Elle posa sa lampe devant la porte et s'arrêta devant moi. Elle leva vers moi ses grands yeux, demandant en silence:"Que deviens-tu, ami?" Je voulus répondre, mais j'avais oublié notre langage. J'essayai de m'en souvenir, mais en vain. Je ne retrouvais pas même nos noms. Des pleurs vinrent en ses yeux. Elle me tendit sa main droite. Je la pris et demeurai silencieux. Notre lampe, vacillant à la brise du soir, s'était éteinte.


J'ai franchi, inconscient, le seuil de cette vie. Par quelle force me suis-je ouvert à ce vaste mystère, comme un bourgeon s'ouvre la nuit dans la forêt? Lorsqu'au matin je contemplai la lumière, je sentis en un instant que je n'étais pas un étranger en ce monde, que l'Être impénétrable sans nom, sans forme, m'avait saisi dans ses bras, sous l'apparence de ma mère. De la même façon, dans la mort, le même Inconnu m'apparaîtra sous une forme familière. Et parce que j'aime cette vie, je sais que j'aimerai la mort. L'enfant geint quand sa mère lui retire son sein droit, et se console aussitôt lorsqu'elle lui donne le sein gauche.

Petite biblio:

  • Poètes d'aujourd'hui/Rabindranath Tagore/par Odette Aslan/Pierre Seghers 1961
  • Le Jardinier d'Amour/la Jeune Lune/nrf poésie/Gallimard
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Date de dernière mise à jour : 10/05/2012

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